Que devient un Livret A lors d’une succession ?

Conseiller professionnel expliquant les démarches de succession à deux héritiers dans un bureau notarial
19 août 2026

Le décès d’un proche soulève immédiatement de nombreuses questions administratives, notamment concernant son épargne. Si votre parent, conjoint ou proche détenait un Livret A, vous vous demandez légitimement ce qu’il advient de cette somme, comment la récupérer et quelles démarches accomplir. Contrairement aux idées reçues, le Livret A suit des règles successorales claires et protectrices : l’épargne est totalement sécurisée, la procédure est balisée par le Code civil, et vous pouvez maîtriser ce processus en réunissant les bons documents et en respectant les étapes définies.

Ce guide vous accompagne pas à pas dans la récupération des fonds d’un Livret A en succession, en clarifiant les aspects juridiques, administratifs et fiscaux avec la rigueur nécessaire à ce moment difficile.

Information juridique générale

Cet article présente les règles générales applicables à la succession d’un Livret A en France. Chaque situation familiale comportant des spécificités, nous vous recommandons de consulter un notaire ou un conseiller juridique pour obtenir un accompagnement personnalisé adapté à votre cas particulier.

Le Livret A dans l’actif successoral : un bien transmissible comme un autre

  • Le Livret A entre dans l’actif successoral au même titre que tout autre patrimoine : le capital et les intérêts capitalisés sont transmis aux héritiers selon les règles du Code civil.
  • L’épargne est totalement sécurisée pendant la procédure : aucune perte de capital, aucun frais de gestion ou de clôture ne sera appliqué sur les sommes présentes.
  • Le livret lui-même ne peut pas être transmis (produit nominatif et unique par personne) : il sera obligatoirement clôturé et les fonds versés aux héritiers.

Le Livret A de votre proche décédé constitue un élément de son patrimoine qui entre dans l’actif successoral, au même titre qu’un compte bancaire classique ou tout bien mobilier. Les articles 720 et suivants du Code civil régissant la dévolution successorale s’appliquent donc pleinement : le capital et les intérêts capitalisés présents sur le livret au moment du décès sont transmis aux héritiers selon les règles légales de succession.

Cette règle comporte toutefois une spécificité importante. Le Livret A est un produit d’épargne réglementé, nominatif et unique par personne selon le Code monétaire et financier. Il est donc impossible de transmettre le livret lui-même aux héritiers ou de le conserver ouvert au nom du défunt. Le livret doit être obligatoirement clôturé par l’établissement bancaire. Les fonds sont ensuite versés aux héritiers selon leur quote-part, déterminée par la loi ou par un éventuel testament.

Cette particularité distingue clairement le Livret A d’autres produits patrimoniaux. Si vous souhaitez par la suite constituer votre propre épargne de précaution, vous pouvez naturellement ouvrir un Livret A à votre nom, à condition de ne pas en détenir déjà un. À l’inverse, une assurance-vie avec bénéficiaire désigné peut sortir de la succession selon l’article L132-12 du Code des assurances, ce qui n’est pas le cas du Livret A.

Que se passe-t-il immédiatement après le décès du titulaire ?

Dès que la banque est informée du décès, le Livret A est automatiquement bloqué. Cette information peut provenir de plusieurs sources : vous-même lors d’une visite en agence avec l’acte de décès, la mairie dans certaines communes qui transmettent automatiquement l’information, ou le notaire en charge de la succession. À partir de ce moment, aucun retrait ni opération ne peut plus être effectué sur le livret.

Conseiller bancaire vérifiant un dossier client et des documents administratifs dans une agence française
Dès le signalement du décès, l’établissement bancaire bloque le Livret A et ouvre le dossier de succession.

Votre épargne est protégée dès le blocage du compte : Aucune perte, aucun prélèvement automatique et aucun frais de tenue de compte ne seront appliqués pendant la période de blocage. L’épargne reste intégralement disponible pour les héritiers.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les intérêts du Livret A continuent d’être calculés jusqu’à la date de clôture effective du livret, et non jusqu’à la date du décès. Cette règle avantageuse signifie que l’épargne continue de fructifier pendant toute la durée de la procédure administrative, maximisant ainsi le montant transmis aux héritiers.

La banque conserve le compte gelé dans cet état jusqu’à ce que vous fournissiez les justificatifs prouvant votre qualité d’héritier. Cette protection juridique garantit que seules les personnes légalement habilitées pourront accéder aux fonds.

Quelles démarches accomplir pour débloquer les fonds ?

Pour récupérer l’épargne du Livret A, vous devez suivre un parcours administratif précis en réunissant plusieurs documents indispensables et en les présentant à l’agence bancaire détentrice du livret.

Personne organisant des documents administratifs officiels sur une table pour une succession
Le déblocage des fonds nécessite la réunion de plusieurs documents : acte de décès, certificat d’hérédité et justificatifs d’identité.
Les 5 étapes pour débloquer le Livret A
  1. Obtenir l’acte de décès intégral : demandez plusieurs exemplaires à la mairie du lieu de décès. Ce document officiel prouve le décès et sera réclamé par tous les interlocuteurs.
  2. Rassembler les justificatifs de filiation : réunissez le livret de famille du défunt ou les actes de naissance des héritiers pour établir les liens de parenté.
  3. Obtenir un acte de notoriété ou un certificat d’hérédité : un certificat d’hérédité peut suffire pour une succession inférieure à 5 910 € sans testament. Au-delà de ce seuil, ou en présence d’un testament, un acte de notoriété établi par un notaire est obligatoire.
  4. Déposer les documents à l’agence bancaire : prenez rendez-vous avec l’agence détentrice du Livret A. Un conseiller vérifiera l’ensemble des pièces et leur conformité.
  5. Réception des fonds : après vérification, la banque procède à la clôture du livret et organise le virement des fonds vers le compte de chaque héritier selon sa quote-part. Les délais de traitement varient selon les établissements.

Le rôle du notaire mérite une clarification particulière. Son intervention est obligatoire lorsque l’actif successoral global dépasse 5 910 € ou en présence d’un bien immobilier. Dans le cas d’un Livret A de 15 000 € par exemple, vous devrez consulter un notaire qui établira l’acte de notoriété, identifiera tous les héritiers et calculera les quotes-parts de chacun. Les honoraires du notaire sont réglementés et généralement inclus dans les émoluments successoraux globaux.

Prenons un cas concret : votre mère décédée laisse un Livret A de 15 000 €. Vous êtes deux enfants héritiers. Vous consultez un notaire qui établit l’acte de notoriété. Vous déposez ensuite ce document à l’agence bancaire avec l’acte de décès et le livret de famille. La banque clôture le Livret A et vire 7 500 € sur votre compte et 7 500 € sur celui de votre frère ou sœur, après déduction éventuelle des droits de succession selon le barème fiscal applicable.

Comment se répartit l’épargne entre les héritiers ?

La répartition de l’épargne du Livret A obéit aux règles de dévolution successorale définies par le Code civil. En l’absence de testament, la loi établit un ordre de priorité entre les héritiers : les descendants (enfants, petits-enfants) arrivent en premier rang, suivis des ascendants (parents) et collatéraux privilégiés (frères et sœurs), puis des autres collatéraux, et enfin du conjoint survivant selon le régime matrimonial.

Dans le cas d’un héritier unique, la situation est simple : cette personne reçoit 100 % du montant du Livret A (capital et intérêts capitalisés) après clôture et déduction éventuelle des droits de succession selon le lien de parenté.

Lorsque plusieurs héritiers de même rang se partagent la succession, ils constituent une indivision successorale. Chaque héritier reçoit alors sa quote-part égale, sauf dispositions testamentaires contraires. Par exemple, si deux enfants héritent de leur parent, chacun reçoit 50 % de l’épargne. Avec trois enfants, chacun reçoit 33,33 % du montant total.

La présence d’un testament peut modifier cette répartition, mais uniquement dans les limites imposées par la réserve héréditaire. Cette part minimale garantie aux héritiers réservataires (descendants, ou à défaut conjoint) ne peut être réduite. Le défunt dispose librement uniquement de la quotité disponible, qui varie selon le nombre d’enfants.

Pour le conjoint survivant, les droits dépendent de la configuration familiale et du régime matrimonial. En présence d’enfants communs, le conjoint peut opter pour un quart en pleine propriété ou la totalité en usufruit. Les règles précises sont définies aux articles 756 et suivants du Code civil.

Les particularités à connaître sur la succession d’un Livret A

La fiscalité du Livret A en succession génère souvent des confusions qu’il est essentiel de lever. Selon une réponse ministérielle publiée par l’Assemblée nationale, les intérêts du Livret A restent totalement exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux (CSG, CRDS), y compris au moment du décès. Cette exonération fiscale permanente ne change pas lors de la transmission.

Fiscalité du Livret A en succession : le paradoxe à comprendre : Si les intérêts eux-mêmes ne sont jamais imposés, le capital du Livret A et les intérêts capitalisés (somme totale présente sur le livret au décès) intègrent bien l’actif successoral et sont soumis aux droits de succession selon le barème en vigueur et le lien de parenté entre le défunt et l’héritier.

100 000

Abattement fiscal applicable par enfant héritant de son parent en 2024. En dessous de ce montant, aucun droit de succession n’est dû.

Ce barème des droits de succession applique un abattement de 100 000 € par enfant héritant de son parent. Au-delà de cet abattement, une taxation progressive par tranches s’applique selon un barème défini par le Code général des impôts. Le montant dû correspond à la formule : (actif successoral – abattement) × taux applicable à la tranche concernée.

Prenons l’exemple d’un Livret A de 15 000 € transmis à deux enfants. Chaque enfant reçoit 7 500 €. L’abattement parent-enfant étant de 100 000 € par héritier, le montant taxable est de : 7 500 € – 100 000 € = 0 €. Les droits de succession dus sont donc de 0 €. Chaque héritier reçoit l’intégralité de sa quote-part sans imposition.

Autre particularité technique importante : les intérêts du Livret A sont calculés par quinzaine et capitalisés au 31 décembre de chaque année. En cas de décès en cours d’année, les intérêts continuent d’être calculés jusqu’à la date de clôture effective du livret, pas jusqu’à la date du décès. Cette règle avantageuse augmente légèrement le montant transmis aux héritiers.

Questions fréquentes sur la succession du Livret A

Vos dernières questions sur le Livret A en succession
Peut-on conserver le Livret A ouvert au nom du défunt ?

Non. Le Livret A est un produit nominatif et unique par personne selon le Code monétaire et financier. Il doit obligatoirement être clôturé au nom du défunt. Les héritiers reçoivent les fonds et peuvent ensuite ouvrir leur propre Livret A à leur nom s’ils n’en possèdent pas déjà un.

Que faire si on ne retrouve pas le livret physique ou les coordonnées bancaires ?

Le livret physique n’est pas indispensable pour effectuer les démarches. L’agence bancaire peut retrouver l’existence du compte avec l’identité complète du défunt et l’acte de décès. Si vous ne connaissez pas l’établissement détenteur, vous pouvez interroger le fichier FICOBA (Fichier des Comptes Bancaires) géré par la Direction générale des Finances publiques via un notaire.

Y a-t-il des frais bancaires prélevés pour la clôture d’un Livret A en succession ?

Non. Selon la pratique bancaire française confirmée par plusieurs établissements, aucun frais de clôture ni frais de gestion ne sont prélevés sur un Livret A lors d’une succession. L’intégralité de l’épargne est transmise aux héritiers, sous réserve uniquement des droits de succession éventuellement dus à l’administration fiscale.

Combien de temps après le décès peut-on encore réclamer l’argent du Livret A ?

Les héritiers disposent d’un délai de 30 ans pour réclamer leur part de succession, conformément au délai de prescription successorale prévu par le Code civil. Passé ce délai, les fonds non réclamés peuvent être transférés à la Caisse des Dépôts et Consignations.

Que se passe-t-il si un héritier refuse sa part du Livret A ?

Un héritier ne peut pas renoncer uniquement au Livret A : il doit renoncer à l’ensemble de la succession devant notaire ou au greffe du tribunal. Cette renonciation est totale et définitive. La part de l’héritier renonçant est alors répartie entre les autres héritiers de même rang selon les règles légales de dévolution.

Un héritier peut-il ouvrir un nouveau Livret A avec les fonds hérités ?

Oui, à condition de ne pas détenir déjà un Livret A. Le principe d’unicité impose de ne posséder qu’un seul Livret A par personne. Si vous n’en avez pas, vous pouvez librement ouvrir un Livret A et y déposer tout ou partie des fonds hérités, dans la limite du plafond réglementaire de 22 950 € pour un adulte.

Vous disposez désormais de toutes les clés pour récupérer sereinement l’épargne d’un Livret A en succession. Rassemblez les documents essentiels (acte de décès, justificatifs de filiation), et sollicitez un notaire au-delà de 5 910 € d’actif successoral pour sécuriser vos démarches et garantir le respect de vos droits.

Rédigé par Laure Mercier, Rédactrice web indépendante spécialisée dans les contenus lifestyle et pratiques du quotidien, avec une approche rigoureuse de la recherche documentaire. Chaque publication repose sur un croisement méticuleux de sources officielles et une vérification systématique des informations pour garantir des guides fiables et actionnables.

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